Luna Abu Nassar — Asaper Lech (2014)

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La douceur acidulée du projet folk de Luna Abu Nassar est aux antipodes de la virulence endiablée de l’équipage de rap System Ali auquel elle contribue. Dans une ambiance beaucoup plus intimiste, elle est ici accompagnée d’un autre guitariste et d’un percussionniste. Elle écrit, joue et chante une musique subtile qui interpelle.

Abu Nassar écrit d’abord la musique avant de choisir la langue qui lui convient le mieux : l’hébreu ou l’arabe palestinien (voir l’interview à la fin de cette représentation : <https://www.youtube.com/watch?v=OaxEsNCc7wE>). Pour l’hébreu, les textes qu’elle écrit sont d’abord plus étoffés que le résultat final. L’hébreu n’étant pas sa langue maternelle, elle fait relire ses textes à Dror Rotem (guitariste et producteur sur ses albums) qui enlève tout ce qui ne se dit pas (voir cette entretien dans Haaretz [he] <https://www.haaretz.co.il/gallery/music/.premium-1.4123023>). À la fin, il reste des textes courts qui ne sont pas toujours clairs mais qui aiguillonnent l’imagination.

  1. Kan Ya Makan كان يا مكان est l’intro instrumentale de l’album.
  2. Asaper Lech (אשפר לך, je te raconterai). La chanson prend la forme d’un dialogue, comme si une mère mettait en garde sa fille, « sa lune » contre la  méchanceté des autres.
  3. Mishwar (مشوار, sortie pour faire une course) une piste en arabe (que je ne comprends malheureusement pas).
  4. Tsalaket (צלקת, cicatrice). Quelqu’une cherche à faire disparaître les rides et une cicatrice sur son visage. La chanson se termine par une suite de verbes à l’infinitif, la proximité des schèmes et racines crée en hébreu une série d’allitérations et de consonances martelées au gré du rythme : « voyager, fuir, prendre de la distance, refouler, briser, crier, comprendre, accuser, accuser, accuser ».
  5. Bamshi La-Oddam (بمشي لقدام, je pense, j’avance), une piste en arabe (que je ne comprends malheureusement pas).
  6. Rakevet (רקבת, le train), ma piste préférée ! L’élan particulier et les grands intervalles mélodiques du chant évoquent un train qui avance. L’effet est renforcé par un motif de verbes à l’infinitif similaire de celui de Tsalaket : « voyage, fuir, s’éloigner, refouler, accuser… » et d’autres nuances.
  7. Bint Meen (بنت مين, la fille de qui), mon autre piste préférée ! Je n’ai pas encore réussi à me plonger dans l’arabe, cela finira sans doute par arriver si je continue de croiser des artistes enthousiasmants comme Abu Nassar !  Je suis allé voir des amies arabisantes pour savoir de quoi parle la chanson et quelqu’une m’a très gentiment traduit le texte. Il s’agit d’un dialogue où l’on parle entre autres d’une femme divorcée à propos de laquelle tout le monde jase. On m’a expliqué que le ton était assez typique de la musique arabe actuelle, en Palestine et au Liban, avec des paroles très sarcastiques en arabe dialectal et une petite morale à la fin.
    Cette chanson très réussie figure sur la bande originale du film palestinien Speed Sisters.

    Notez aussi l’existence d’un très bel enregistrement dans les rues de Jérusalem : <https://www.youtube.com/watch?v=2ZSRbTsY3LU>.
  8. Eynaim (עיניים, yeux), « Les yeux, les yeux » quelqu’une lit dans l’obscurité et « les yeux la brisent ». Je ne comprends pas bien s’il s’agit de ses yeux ou des yeux de quelqu’un qui la regarde. L’atmosphère est particulièrement lourde et étouffante.
  9. Boha (בוהה, je suis stupéfaite), un nouveau dialogue, où l’on croit entendre la fille de la première chanson, la lune répondre à sa mère, le soleil. Elle lui annonce qu’elle va partir.

Je ne me lasse pas de la voix timide et réservée de Luna Abu Nassar qui sert des textes piquants, avec une musique simple et raffinée. Elle vient de sortir un nouvel album, Ma’arbolet (מערבולת), dans lequel je ne me suis pas encore plongé, mais qui est très sympathique à la première écoute.

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Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

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