Gilad Kahana

Gilad Kahana est un chanteur israélien un peu hors norme. C’est toujours compliqué de comprendre ce qu’il veut dire, mais sa musique, son allure et sa voix me touchent toujours beaucoup. Pour vous donner rapidement une idée, le voici présentant de quoi parle le dernier album d’un de ses groupes, les Girafot  (ג’ירפות, les Girafes) :
« On te brise et on te brise et on te brise et on te brise encore et on te brise encore une fois et une fois encore on te brise. Toi, petit à petit, tu te changes en poussière. Tu te changes en poussière et qui peut briser la poussière ? »

Voilà, sans musique et en trente secondes une partie de ce qui me fascine : des images très maîtrisées, une allure et des postures un peu ridicules, un texte qui résonne dans la tête auquel on peut faire dire tout ou rien du tout. C’est déstabilisant, parce qu’à chaque fois, cela a l’air important, mais son allure de cocker aux grands yeux tristes, sa chaîne en or, ses immenses lunettes et l’étrange mollesse qui se dégage de lui amènent aussi à se demander s’il ne se moque pas de nous. Je vais vous présenter trois titres récents qui m’ont marqué.

Celui qui ne rêve pas se fâche (2017)

Le principal monoplage du dernier album des Girafot ne me sort pas de la tête : Celui qui ne rêve pas se fâche (מי שלא חולם כועס, mi shèlo holèm ko’ès). Il s’accompagne d’un très joli clip vidéo,  avec des traitements d’image très réussis.

Voici le début de la chanson :

« Je sors de mon sommeil, sueurs froides, je ne dors pas
Et celui qui ne dort pas ne rêve pas
Et celui qui ne rêve pas se fâche
Et celui qui se fâche se fâche
Et celui qui ne mange pas a faim
Et celui qui a faim est un loup
Et celui qui est un loup est un loup
Et combien de marches monterons-nous avant de nous voir ?

… »

Sibyllin. Mais l’air reste dans la tête et les paroles tournent. J’ai l’impression que ça parle de moi, de ce que j’ai pu vivre, des insomnies, du mal-être, de la colère obsessionnelle… C’est une chanson qui me rassure, qui me berce, qui me fait apprécier d’autant plus mes bonnes nuits de sommeil.

Mon Afrique (2015)

Toujours étrange était le monoplage d’un de ses albums solo, Mon Afrique (אפריקה שלי, Africa shèli)

Le clip est un magnifique film d’animation montrant des bâtiments de Tel Aviv se dégradant petit à petit et la population qui continue d’y vivre pendant que Gilad chante et danse torse nu.

« Tellement le savaient,
Quoi, ils n’ont pas couru,
Nous avons donné notre âme là-bas,
Il y en a qui ont crié,
Il y en a qui ont rejeté,
Il y en a qui sont juste restés.

Je pense à la politique
Plutôt qu’au romantisme
Afrique, mon Afrique
… »

Les bâtiments de Tel Aviv tombant en ruine représentent-ils la moralité israélienne qui se dégrade après avoir refusé de venir en aide aux réfugiés Soudanais, Érythréens qui ont cherché à s’y réfugier ? Cela reste peu clair pour moi. Cette chanson me dérange beaucoup.

Immobilier (2013)

Terminons par une chanson peut-être un peu plus abordable, avec son projet LOCO HOT (mélange d’espagnol et d’anglais pour « fou en chaleur  » et qui en hébreu s’écrit לא כוחות : Lo Kohot ce qui signifie : « pas de forces »). Dans Nadlan (נדל״ן, immobilier) Kahana chante en duo avec Marina Maximilan qui lui donne la réplique en russe. L’hébreu est limpide, Kahana cherche à rembourser un prêt immobilier, Marina Maximilan joue sa femme et l’injurie en russe, avec des phrases dont le sens est plus dur à comprendre, sans doute parce qu’elles sont chargées d’une symbolique qui m’échappe. Les échanges entre les deux sont savoureux, le jeu d’acteur s’appuie sur des stéréotypes du couple hétérosexuel.

Voici le début de la chanson :

 

« Viens à la ville,
Nous ferons des enfants,
Nous fonderons une famille,
Nous construirons une maison,
La Terre Sainte,
Il n’y aura pas de problème,
Quand il y a de l’amour…

Hypothèque
… »

 

Depuis les années 2000, l’immobilier est devenu un enfer pour les Israéliens, notamment dans l’agglomération de Tel-Aviv. Les gens ont de plus en plus de mal à s’y retrouver. Le quatrième album des Girafot sorti en 2013 (צריך לסגור הכל, il faut tout fermer) aborde aussi ce thème et évoque les mouvements israéliens pour un logement accessible.

 

Voilà. J’ai écouté et réécouté ces trois chansons des dizaines de fois, happé par les images des vidéos. Gilad Kahane et ses groupes ne mettent pas leurs albums sur des plateformes où je peux les écouter. Je n’ai donc jamais acheté un de leur album. Cela dit, il fait parti des artistes israéliens que je serais ravi de voir en concert. Son étrangeté me fascine, et sa musique est très réussie.

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Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

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