Neta Hoter — Rappelez moi qui vous êtes [he] (2017)

2465831-46

« Rosemary est un être humain très particulier avec une vision du monde, mmhh, atypique. Mais de l’affection, il n’y en aura pas, il est probable qu’il y aura aussi des difficultés selon son état mental que je vous détaillerai plus tard…Disons que ce sera une expérience.
— Les expériences, rétrospectivement, c’est de la souffrance.
— N’exagérons pas.
— Pourquoi je signerais pour six mois de souffrance ?
— Parce que vous recevrez trente mille [shekels] par mois [environ 7200 euros].
— Ok, elle essaye de garder un air indifférent, ça peut le faire. »

Sorti en 2017 et pas encore traduit, Rappelez-moi qui vous êtes est un roman sympathique, rafraîchissant et plein d’humour. À trente-cinq ans, Daniela (Didi) n’est toujours pas remise de sa dernière rupture avec un compagnon fortuné. Elle est rétrogradée dans un appartement d’une pièce et coincée dans un boulot pas terrible. Elle reçoit une proposition inattendue pour écrire la biographie d’une vieille dame, Rosemary Worcell. Elle est recrutée par Osher, l’assistant particulier de Rosemary. Lui-même vient de se faire larguer par son mec et le vit assez mal. Pour mener ses recherches sur Rosemary, Didi fait appelle aux services de Roy, son voisin monteur vidéo qui se débrouille en informatique. Roy est un geek bodybuildé plutôt coincé qui vit reclus chez lui. Et enfin Rosemary, elle-même, est une vieille dame riche pas franchement facile. À la suite d’une agression, elle a perdu la mémoire. Elle veut que Didi lui écrive l’histoire de la vie qu’elle a oublié.

L’histoire, racontée à la troisième personne, se déroule principalement du point de vue d’un de ces quatres personnages. Le roman oscille entre comédie de mœurs et polar. Entre le travail et les discussions avec ses amies ou sa famille, Didi cherche à savoir ce qui s’est vraiment passé le jour de l’accident de Rosemary.

[Didi appelle Osher pour lui poser des questions sur son contrat, Osher est un peu confus au téléphone]
« Tout va bien ?
— Pardon Daniela, tout va bien, je suis juste en plein mélo en ce moment.
— Ok, désolée de vous embêter.
— Ça, ce n’est pas votre faute, mon compagnon vient de me quitter, je suis un peu sous le choc.
— Ouha, quelle merde, je suis désolée de l’entendre.
— Oui, ajoute-t-il avec amertume, et il a déménagé chez un ami commun qui a mon avis n’est déjà plus un ami.
— Walla.
— Oui.
— Qu’il attrape le sida. »

L’humour joue beaucoup sur le politiquement correct, les stéréotypes et se moque assez classiquement des plus faibles. Le propos est parfois ambiguë ou dérangeant, sur des sujets comme le harcèlement de rue par exemple. Cependant il y a dans le roman une vraie diversité que je n’ai pas l’habitude de lire dans la littérature israélienne. Des femmes qui parlent d’autres chose que d’amour, des personnages homosexuels ou bisexuels positifs.  C’est un livre qui ressemble plus à la vraie vie que d’autres, avec toute sa diversité, son mal-être, ses vexations, ses petites joies et ses dépressions. J’en ai d’autant plus apprécié l’humour et les dialogues piquants qui s’y trouvent du début à la fin.

Le personnage de Didi est particulièrement réussi. Simple, honnête, direct, drôle, c’est très dur de ne pas avoir envie d’être un de ses amis.

L’écriture est fluide, très agréable, l’hébreu est accessible, avec un registre souvent familier. C’est un texte plein d’humour qui parle des nombreux petits problèmes des trentenaires israéliens. Ce n’est pas un livre qui bouleverse, c’est un livre qui fait du bien, qui rend joyeux. Bref, c’est idéal en toutes circonstances.

« J’ai peur de le regretter.
— vous ne le regretterez pas.
—  Et que cela soit mauvais pour moi. »
Il hausse les épaules, « il y en a pour qui c’est bien ? »

נטע חוטר, תזכירי לי מי את, תכלת, 2017.

Publicités

Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s