Eshkol Nevo — Le cours du jeu est bouleversé ([fr] 2010, [he] 2007)

Quand les gens me parlaient d’Eshkol Nevo, je voyais souvent des étoiles dans leur yeux, maintenant je comprends pourquoi : le premier roman de lui que j’ai lu est vraiment chouette et m’a beaucoup amusé. Je ne sais pas pourquoi, je m’attendais à quelque chose de très poétique. En fait non, son style est plutôt terre à terre, agréable sans être bouleversant. Non, ce qui est chouette, c’est l’histoire, une histoire ciselée, qui rebondit régulièrement, qui surprend jusqu’aux dernières lignes et dont la symétrie est étonnante. Après, je suis un peu embêté pour vous dire de quoi parle le livre, j’ai un peu peur de vous gâcher le plaisir de la découverte. À ce propos, ne lisez pas le quatrième de couverture, il divulgue trop de choses.

Bon, disons en gros que quatre amis très proches se retrouvent systématiquement pour regarder ensemble la coupe du monde de football. En 1998, à la fin de leur vingtaine, ils décident d’écrire secrètement trois souhaits sur ce qu’ils voudraient être devenus d’ici la prochaine coupe du monde. Ils liront alors tout ce qu’ils voulaient devenir et comparerons avec la réalité. Le narrateur, Yuval souhaite principalement être toujours avec son amie du moment dont il est très amoureux. Il veut se marier avec elle et avoir un enfant avec. On comprend assez vite que tout ne se passera pas comme prévu.

Le roman parle d’amitié, avec en toile de fond la société israélienne, plutôt de gauche, sa jeunesse de l’école à l’âge adulte en passant par l’armée. On croirait à des vies normales, mais avec un sens de la réaction et de la surprise qui rappelle un séquençage rapide comme au cinéma, comme dans un film comme Snatch par exemple. Sauf qu’à la place de malfrats on a des histoires relativement banales et qu’à la fin, j’ai failli chialer. J’ai peut-être chialé un peu. Mais ce n’est pas déprimant, cela donne beaucoup d’énergie au contraire.

Je n’ai pas regardé la version française, donc je ne pourrais pas vous en dire grand chose, cependant, comme l’intérêt du roman se situe plus dans l’histoire que dans la langue, vous devriez pouvoir le savourer dans d’autres langues que l’hébreu. Le seul défaut que je trouve éventuellement dans ce livre, comme chez pas mal d’auteurs israéliens ou de livres dont j’ai déjà parlé ici (chez Keret, Heitner, Neeman…), c’est que le narrateur parle du fait d’écrire. Ce genre de mise en abyme m’agace, comme les gens qui chantent qu’ils chantent, les journalistes qui font des reportages sur le journalisme… Enfin bon, cela m’agace un peu, mais pas au point d’entamer le plaisir que j’ai à vous recommander ce bon livre.

Eshkol Nevo, Le cours du jeu est bouleversé, trad. Jean-Luc Allouche, Gallimard, 2010. ISBN : 9782070123674.

אשכול נבו, משאלה אחת ימינה, זמורה ביתן, 2007.

Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

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