Shmulik Maoz — Foxtrot (2017)

Foxtrot est un film avec Lior Ashkenazi et Sarah Adner. Normalement, ce sont des raisons suffisantes pour aller voir un film. Je ne connaissais pas Shmulik Maoz en revanche, je savais juste qu’il avait fait deux films et que les deux ont été primés à la Mostra de Venise. Curieusement en le regardant, j’ai eu la délicieuse impression de regarder un film italien des années 1970, un film qui se prend la tête sur le cadrage et la photo, un film où l’image se met à avoir un poids et maintient en alerte. Maintenant, Shmulik Maoz sera aussi une raison suffisante pour moi de voir un film.

C’est plus compliqué en revanche de vous dire de quoi ce film parle. Pas tant pour éviter les spoïlerim que parce qu’on a déjà tant parlé de ce film à cause du foin que Miri Regev, l’ancienne ministre de la culture, fit dessus. Je vous dirai donc deux mots sur le film et deux mots sur Miri Regev.

Au début du film, un couple (Lior Ashkenazi et Sarah Adler) apprend la mort de son fils en service à un point de contrôle sur la rive occidentale du Jourdain. Je n’en dis pas plus pour l’intrigue. En fait, c’est ce début trop classique de la fiction ou de la réalité israélienne qui fit que je ne cherchai pas à tout prix à le voir lors de sa sortie au cinéma. C’est un peu comme un film sur le traumatisme des GIs américains durant la guerre du Vietnam, c’est très joli, mais on en a été un peu gavé. Enfin, j’avoue qu’à part ce début d’intrigue plan-plan, le film réserve plein de surprises dans sa narration. C’est un film amer, mais l’artificialité de la mise en scène et du jeu nous tiennent éloignés de cette amertume. Ce n’est pas une histoire qui a pénétré au plus profond de mon âme, c’est une histoire qui m’a laissé de belles images graves et solennelles dans la tête, comme après une visite au musée.

Vous n’avez peut-être pas vu Foxtrot, mais vous avez sans doute assisté aux multiples cacas nerveux que Miri Regev fit dessus, tout en refusant de voir le film. Faisons court, le film selon Miri Regev donne une mauvaise image de l’armée israélienne et un film donnant une mauvaise image du pays ou de l’armée ne devrait pas être financé par le pays. Elle en a fait des tas comme ça quand elle était à la culture, maintenant elle est aux transports, ça nous fait des vacances. Alors, est-ce que ce film donne une mauvaise image de l’armée israélienne ? Personnellement  cela ne m’en a pas donné une mauvaise image. Bon, ça ne m’a pas donné non plus une bonne image, mais on ne peut pas dire que cela m’en a donné une mauvaise. La première raison est que le film est peu réaliste. Pour moi il est à la limite du fantastique, de l’onirique. Sur le principe, je suis convaincu depuis longtemps que mettre des fusils dans les bras de gamins et les coller au milieu de nulle part pour contrôler des gens d’une autre culture c’est pas une super bonne idée, quand bien même j’ai du mal à en prescrire de meilleure vue la situation (je proposerais bien de faire faire le service militaire aux vieux, comme ça les Israéliens ne seraient plus tristes que des jeunes meurent). Bref, ce film n’est pas à même de changer mon point de vue sur l’armée israélienne, qui n’est pas foncièrement bon ni mauvais. Comme le soulignait la présidente du festival français du cinéma  israélien, c’est un film bien moins dur et critique vis-à-vis de l’armée que Valse avec Bashir (tiens je n’en ai jamais parlé ici je crois, c’est un bon film aussi) et à l’époque, il n’y avait pas eu toutes ces polémiques.

Voilà, Foxtrot ne m’a pas donné une mauvaise image de l’armée israélienne. Je me demandai donc après coup ce qui pouvait bien me donner une mauvaise image de l’armée israélienne. J’ai tout de suite pensé à Elor Azaria. Quand un soldat achève un assaillant hors d’état de nuire et qu’il est massivement soutenu, ben ça me donne une très mauvaise image d’Israël et de son armée. Sabra et Shatila, le massacre de Kafr Qassim… Voilà le genre de choses qui me donnent une mauvaise image de Tsahal. Et quand les Israéliens arrivent à regarder ces problèmes en face, cela me donne une bonne image d’Israël. Quand ils les négligent, les minimisent voir les nient, cela me donne une mauvaise image d’Israël. Miri Regev globalement me donne une mauvaise image d’Israël et Foxtrot m’en donne une plutôt bonne.

L’ironie de cette histoire est que, ayant été en partie financée par l’État d’Israël, cette œuvre est sans doute considérée par les militants du mouvement de boycott académique et culturel d’Israël comme une œuvre de propagande et de blanchiment de l’État d’appartheid raciste d’Israël et de l’oppression de l’armée de l’occupation coupable de crimes de guerre et des colonies illégales bâties sur des terres volées au Palestiniens. Pris entre le marteau et l’enclume. Ça me rappelle un entretien d’Etgar Keret dans le Guardian où il dit que les Israéliens le boycottent en lui reprochant d’être un traître et que les étrangers le boycottent parce qu’il est Israélien.

Enfin, je me dis que quand les institutions israéliennes ne financeront plus que des œuvres et des gens qui plaisent à Miri Regev, il y aura peu de chance que j’aille les voir. En attendant, je recommande Foxtrot !

Publié par

Nicolas Legrand

J'aime beaucoup la clarinette et l'hébreu. Parfois, je fais de l'informatique en bibliothèque.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s