Eshkol Nevo — Le cours du jeu est bouleversé ([fr] 2010, [he] 2007)

Quand les gens me parlaient d’Eshkol Nevo, je voyais souvent des étoiles dans leur yeux, maintenant je comprends pourquoi : le premier roman de lui que j’ai lu est vraiment chouette et m’a beaucoup amusé. Je ne sais pas pourquoi, je m’attendais à quelque chose de très poétique. En fait non, son style est plutôt terre à terre, agréable sans être bouleversant. Non, ce qui est chouette, c’est l’histoire, une histoire ciselée, qui rebondit régulièrement, qui surprend jusqu’aux dernières lignes et dont la symétrie est étonnante. Après, je suis un peu embêté pour vous dire de quoi parle le livre, j’ai un peu peur de vous gâcher le plaisir de la découverte. À ce propos, ne lisez pas le quatrième de couverture, il divulgue trop de choses.

Bon, disons en gros que quatre amis très proches se retrouvent systématiquement pour regarder ensemble la coupe du monde de football. En 1998, à la fin de leur vingtaine, ils décident d’écrire secrètement trois souhaits sur ce qu’ils voudraient être devenus d’ici la prochaine coupe du monde. Ils liront alors tout ce qu’ils voulaient devenir et comparerons avec la réalité. Le narrateur, Yuval souhaite principalement être toujours avec son amie du moment dont il est très amoureux. Il veut se marier avec elle et avoir un enfant avec. On comprend assez vite que tout ne se passera pas comme prévu.

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Eli Amir — Le jeune au vélo (2019)

Le jeune au vélo (נער האופניים, non traduit) d’Eli Amir narre l’histoire de Nuri, un jeune Juif irakien en Israël au début des années 1950. Nuri est installé dans un kibbutz grâce à un programme du mouvement de l’alyah de la jeunesse. Il y est heureux et intégré et voudrait y rester, mais son père vient le chercher parce qu’en tant que fils aîné il a le devoir de venir en aide à sa famille. Sa famille est perdue et désespérée dans une cabane en bois de Cfar Ouriel, le village des aveugles près de Guédéra. Le père et la mère parlent mal l’hébreu et ont du mal à s’intégrer ou à tirer leur épingle du jeu. Elle regrette amèrement d’avoir quitté Bagdad. Lui est sioniste, mais se heurte aux discriminations des vousvousim (un mot péjoratif aujourd’hui vieilli désignant les Ashkénazes). Le père veut que Nuri les aide à partir du village pour qu’ils puissent s’installer à Jérusalem.

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Yael Neeman — Il était une fois une femme (2018)

Il était une fois une femme (היֹה היתה, on pourrait même oser Elle était une fois comme traduction) a été de nombreuses fois salué par la critique littéraire israélienne. J’hésitais à le lire. Il arriva sur la liste courte du prix Sapir 2019, mais ne le reçut pas. J’hésitai à nouveau. Et finalement, c’est une amie qui me surprit en me le passant. Alors je le lus. Plutôt qu’un roman, c’est un documentaire. Et ça remue tout dans les tripes.

Le livre parle de Pazit, morte d’un cancer en 2002. Pazit naquit dans un camp de transit en Allemagne de parents juifs polonais rescapés de la Shoah, sa famille monta en Israël peu de temps après sa naissance et s’installa à Holon. Avant sa mort, Pazit chercha à effacer complètement son existence.

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Dov Alfon — Unité 8200 (2016 [he], 2019 [fr])

Unité 8200 (לילה ארוך בפריז, une longue nuit à Paris en hébreu) est un polar israélien de Dov Alfon. Un matin, un entrepreneur innovant israélien atterrit à l’aéroport de Roissy puis disparaît aussitôt. La police française commence à mener l’enquête, assistée d’un représentant de la police israélienne. Un colonel des services de renseignement de Tsahal présent par hasard, Abadi, propose aussi ses services. Ce membre de l’unité 8200, est notre personnage principal. Il apparaît assez vite que le commando chinois responsable de l’enlèvement s’est trompé de victime. Qui est le véritable Israélien recherché ? D’où vient ce commando chinois ? Comment cela se fait-il que le colonel Abadi soit fortuitement à Paris quand l’affaire commence ? Toute l’histoire sera réglée en vingt-quatre heures. Je vais vous parler ici de la version hébraïque seulement. La version française, traduite depuis la version anglaise (scandale) ne sortira que le 11 avril 2019. Elle a été de plus remaniée pour être adaptée au public français.

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Yishaï Sarid — Le troisième temple ([he] 2015, [fr] 2018)

Ouah, pensai-je en découvrant le concept du livre. Ouah, me dis-je à chaque page. Ouah. Le troisième temple, ou encore plus simplement en hébreu, « le troisième » (hashlishi,השלישי)… Voilà un roman qui décoiffe. Un roman d’anticipation, une dystopie. C’est un 1984 sioniste religieux, un Daech juif fictionnel.

Le livre commence par la préface de l’éditeur scientifique : lors de la conquête du royaume de Judée, la 2e armée captura le prince Yehonathan, fils du roi Yehoaz. Pendant son emprisonnement à Jaffa, il écrivit le texte présenté dans ce livre, source exceptionnelle pour l’étude de royaume de Judée et de la fondation du troisième temple avant leur destruction.

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Itamar Orlev — Voyou (2015 [he], 2018 [fr])

Lors de la rentrée littéraire 2018, Parutions.com me contacta pour me proposer de chroniquer Voyou d’Itamar Orlev (בנדיט מאת איתמר אורלב). Ce livre était passé sous mon radar et avait l’air très intéressant, j’acceptai avec joie. Je contactai au même moment l’éditeur israélien, Am Oved, pour obtenir la version hébraïque. Ce lundi, ma chronique sortit chez Parutions.com, je vous invite à aller lire ce compte rendu de l’histoire passionnante de Tadek qui va retrouver en Pologne son père mourant. Toute la famille avait fui il y a plus de 20 ans ce père violent et alcoolique en émigrant en Israël. Le roman est absolument génial et basé sur des faits réels : la vie d’Ami Tadeusz Drozd, monteur et réalisateur israélien.

Une partie de cette chronique dut être coupée pour rentrer dans le cadre éditorial de Parutions.com. Je vous livre ici en supplément une partie assez critique vis-à-vis de la traduction française. Attention cependant, c’est une bonne traduction qui vous fera profiter de ce livre, je ne pointe ici que quelques regrets qui sont en grande partie liés au fait que je n’aime pas l’école de traduction de Laurence Sendrowicz, qui réécrit énormément pour gommer la langue originale. Je crois au  contraire qu’il faut laisser les autres langues influencer le français. Enfin, même si je trouve que Sendrowicz réécrit trop, je reconnais qu’elle le fait avec talent.

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Pardon de poser la question

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Pourquoi es-tu gros ?
Ça t’est arrivé de connaître personnellement des terroristes ?
Qu’est-ce que tu vois ? Les Ténèbres ?
Combien de temps il te reste à vivre ?
Tu es juif ?
Tu imagines ta conjointe avec quelqu’un d’autre ?
Tu entends des voix ?

Pardon de poser la question (סליחה על השאלה, littéralement : pardon pour la question) est une émission de la télé publique israélienne (Kan, כאן) qui reprend le concept de « You can’t ask that [en] ». Le but de l’émission est de démonter des stéréotypes en donnant la parole à ceux qui les subissent. Le public envoie des questions à la chaîne sur une catégorie de personnes discriminées ou victimes de préjugés (homosexuels, transgenres, handicapés, jeunes, vieux, gros…). Les questions, la plupart politiquement incorrectes, sont ensuites lues par des gens issus de ladite catégorie. Ils les découvrent au fur et à mesure et y répondent. Le ton est souvent humoristique, les intervenants peuvent être agacés par les questions, mais ils sont rarement durs et répondent patiemment.

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Au revoir Acre — Ala Hlehel [ar, he] (2018)

En 1799, Napoléon assiège Saint-Jean d’Acre en Palestine ottomane. La ville est tenue par un vieux gouverneur expérimenté et cruel : Ahmad Pacha El-Jezzar (« le boucher »). Après 62 jours de siège, Napoléon lève le camp. C’est la fin de sa progression meurtrière au Proche-orient. Au revoir Acre est un roman génial qui s’appuie sur le siège d’Acre pour nous raconter une histoire passionnante. J’ai tourné les pages avec avidité jusqu’à la fin du roman.

Ala Hlehel est un auteur palestinien, citoyen d’Israël, originaire du nord du pays. Son roman est écrit en arabe standard pour le texte et en dialecte arabe de la région et de l’époque pour les dialogues. Je ne lis malheureusement pas l’arabe, alors je me suis tourné vers l’excellente version hébraïque du roman traduit par Ioni Mendel. Pour ceux qui ne lisent aucune de ces deux langues, une traduction vers le français est en cours de réalisation et devrait sortir prochainement chez Actes Sud.

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Yonatan Berg — Donne moi encore cinq minutes (2015 [he], 2017 [fr])

Donne moi encore cinq minutes suit séparément deux jeunes hommes, deux anciens amis issus de la même colonie en Cisjordanie. Nationaliste et religieuse, la colonie est accolée à un village arabe. Après son service militaire, Yoav quitta la colonie, s’éloigna de la religion et parti faire des études de cinéma à Tel Aviv. Bnaya y resta, y fonda une famille et enseigne dans la Yeshiva qui y est attachée. Lors d’une rave party, Yoav fait un bad trip et revit un traumatisme de son service militaire. Il est hanté par les visages morts d’un de ses camarades et du jeune Palestinien qu’ils étaient censés arrêter. Bnaya vit des temps difficiles avec sa femme, alors que la colonie est menacée d’expulsion et qu’un de ses voisins se fait harceler par des jeunes de la colonie. Yoav et Bnaya entament séparément une réflexion sur eux-mêmes, sur la vie qu’ils mènent, sur leur passé et leur avenir.

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