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Sipourim VèShirim

Comptes rendus de lectures, visionnages et écoutes d'œuvres en hébreu moderne

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Sipour

David Grossman — Un cheval entre dans un bar (2015)


« Le public s’amuse. Et lui se protégeant les yeux de la main scrute la salle, désormais presque complètement plongée dans l’obscurité.
Il me cherche. »

— David Grossman, Un cheval entre dans un bar, traduction Nicolas Weill

Je n’avais pas très envie de lire ce livre, parce que je me disais que cela allait être un hébreu difficile et que cela allait être triste. Bien aussi, sans aucun doute, mais triste,  quoi. Puis Grossman a obtenu le prix international Man-Booker, je me suis encore dit que bon, ça devait être vraiment bien, mais que ça risquait d’être trop triste quand même. Et puis, j’ai vu qu’une lecture publique de son livre se montait avec Wajdi Mouawad. J’ai vu que Grossman viendrait à la Colline dans le cadre du festival Lettres d’Israël pour une rencontre avec Wajdi Mouawad et deux lectures en public. C’était très excitant, tout ça. Cela aurait été dommage d’y aller sans avoir lu le livre. Alors je l’ai lu, en hébreu. J’ai regardé çà et là la traduction française. J’ai assisté à la lecture-concert à la Colline. Hé oui, c’est triste, mais qu’est-ce que c’est bien.
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R. J. Palacio — Prodige (2012)

Je sais ce que vous allez me dire. Prodige n’est pas un roman israélien, c’est de la littérature étatsunienne. Alors oui, voilà, j’ai lu ce livre en hébreu et dans sa version originale, en anglais, en me disant que cela serait intéressant de voir comment les Israéliens adaptaient ce genre de littérature et je n’ai pas été déçu : Prodige est un roman très sympathique et c’est encore mieux en hébreu.

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Etgar Keret — Soudain, un coup à la porte (2010)

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J’ai essayé de commencer Deux ours de Meir Shalev (שתיים דובים), mais c’était un peu dur. Et gros. Après avoir fini Douleur de Zeruya Shalev, j’avais besoin de quelque chose de rassurant. Quelque chose qui me donne l’impression de bien comprendre l’hébreu. Etgar Keret est parfait pour ça.

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Amos Gitaï — Kippour (2000)

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Kippour est un film spécial pour moi. C’est le film qui m’a donné envie d’apprendre l’hébreu et de me plonger dans la culture israélienne. Certes, il y a eu beaucoup de choses avant qui ont nourri mon intérêt pour Israël ou la Palestine et sans lesquels le déclic n’aurait pas eu lieu. Un déclic, c’est un moment impressionnant où le plateau d’une balance, à force d’être chargé bascule de l’autre côté. Le changement peut étonner. Pourquoi cet intérêt ? Es-tu juif ? As-tu des racines juives ? De l’extérieur c’est impressionnant, à l’intérieur on se sent toujours un peu la même personne. Le changement étonne parce qu’il paraît brusque. On ne voit pas le poids de tout ce qu’il y avait avant. En comparaison le déclic est anecdotique. Il est aussi insignifiant face à la somme de l’investissement qui suit, ici une l’étude active d’une langue et d’une culture. Malgré cela, j’ai toujours un attachement particulier pour ces moments, ces œuvres qui, comme Kippour, modifient l’équilibre de mes passions et de mes intérêts.

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Zeruya Shalev — Douleur (2017)


Mon compte rendu de cet excellent roman vient d’être publié sur le site Parutions : <http://parutions.com/index.php?pid=1&rid=1&srid=121&ida=18493>. Rendez-vous là-bas pour lire tout le bien que j’en pense !

Zeruya Shalev, Douleur, trad. Laurence Sendrowicz, Paris, Gallimard, 2017. ISBN : 978-207-01-7817-9.

צרויה שלו, כאב, ירושלים, כתר, 2015. מסת״ב: 978-965-07-2377-4.

Yoram Kaniuk — Pierre (2013)

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« Pierre n’est pas né. Il s’est donné la vie à l’intérieur d’une poubelle de Ramat Gan. Ma fille l’a trouvé dans cette poubelle à côté de Beit Zvi [célèbre école d’acteurs]. Il avait à peu près un mois. Un chiot gris noir, il était couché, tremblant dans les ordures, il s’est assis au milieu de la puanteur et a regardé ma fille avec des yeux qui se sont ouverts en son honneur, depuis le désespoir dans lequel il est né.

Elle fut la première personne qui au-delà de le regarder, l’a aussi vu. »

Yoram Kaniuk, Pierre, 2013.

Pierre Kaniuk est mort très vieux, à 20 ans, sourd, aveugle, dévoré par le cancer. Un de ses maître, le célèbre écrivain Yoram Kaniuk ne se remet pas de sa mort. Il écrit un récit poignant où il se rappelle des épisodes de la vie de son chien. Il décrit avec amour sa personnalité et se lamente de sa mort. Qu’un chien comme Pierre puisse mourir est pour lui une preuve d’absence de justice dans ce monde. L’auteur est à ce point abattu qu’il confesse ne pas avoir été aussi triste pour la mort de ses parents.

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Yoram Kaniuk — 1948 (2012)

« On avait froid et plus rien pour nous couvrir. Soudain, on entend des cris. Quelqu’un débarque, nous secoue, nous nous réveillons dans une terrible obscurité, et le type nous explique d’une voix rauque, il rit et pleure en même temps, que quelqu’un a entendu quelqu’un annoncer sur un transistor que Ben Gourion venait de créer un État. Il a ajouté, je vous serais infiniment obligés (nous utilisions encore ce genre de formule) de chanter maintenant l’HaTikva. En quel honneur ? Avons-nous rétorqué à ce plouc, nous, mêmes les paroles, on ne les connaît pas par cœur, et d’ailleurs où donc Ben Gourion a-t-il créé son État ?

À Tel-Aviv, d’après ce qu’on m’a dit, a-t-il répondu.

Écoute, nous, on est assiégés dans Jérusalem, à Bab-el-Oued, ici, il n’y a pas d’État, Jérusalem n’est pas incluse dans l’État de Tel-Aviv… Sur ces mots, on s’est rendormi. »

Extrait de 1948, traduction de Laurence Sendrowicz.

Arrivé à la fin de sa vie, Yoram Kaniuk raconte dans ce roman comment il a vécu la guerre d’indépendance de 1948. Il prend le contre-pied du récit israélien héroïque et de la légende dorée qui se sont développées autour du groupe armé d’élite dans lequel il était incorporé, le Palmah.

Kaniuk raconte une histoire de troufion. Les héros combattants les armes à la main pour la création de leur pays sont ici des gamins mal préparés, mal équipés qui n’ont pas vraiment conscience de ce qu’ils sont en train de faire.

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Eytan Fox — Tu marcheras sur l’eau (2004)

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Après avoir assassiné un  membre important du Hamas à Istanbul, Eyal, un tueur du Mossad, rentre en Israël. Il retrouve sa femme morte, suicidée. Il refuse de recevoir un suivi psychologique et veut repartir en mission. Son chef lui propose de surveiller Axl et Pia Himmelman, les petits enfants d’un monstre nazi dont le Mossad a perdu la trace. Peut-être qu’ils ont des informations qui permettraient de débusquer leur grand-père. Pia vit en Israël et son frère vient justement lui rendre visite. Alors qu’il est hanté par la mort de sa femme, la rencontre avec Axl et Pia va bouleverser la vie d’Eyal.

Tu marcheras sur l’eau est un excellent film à suspens avec en toile de fond la deuxième intifada, le besoin de justice (ou de vengeance) contre les anciens nazis et l’homophobie. Les acteurs sont exellents, j’aime particulièrement Lior Ashkenazi en beauf viril et raciste. Parfois, certains ressorts sont un peu gros, mais cela n’empêche pas de se laisser prendre par le film. Bref, c’est globalement émouvant, et même drôle par moments.

Autre point positif : le film permet de travailler son hébreu, mais aussi son anglais et son allemand !

David Grossman — J’écoute avec mon corps (2005)

Outre les sorties françaises, je profite des fonds de la BULAC pour essayer de faire le tour des grands noms de la littérature israélienne. David Grossman m’apparaissait comme un passage obligatoire, j’ai donc cherché ce que je pouvais emprunter de lui à la BULAC en version originale et en traduction française. Je n’ai pas eu d’autre choix que ce recueil de deux nouvelles. Quatre romans de Grossman n’ont pas été enregistrés dans notre catalogue électronique et sont cachés au fonds des magasins. Jusqu’aux années 2000, la plupart des documents du fonds hébraïque issus de la BIULO et transmis à la BULAC n’ont pas été catalogués électroniquement, par manque de moyen. Seuls les documents jugés comme les plus importants ont été catalogués et placés en libre accès. C’est vraiment étonnant qu’un auteur majeur comme lui ait été oublié. En utilisant le vieux catalogue papier (dont la section hébraïque est très mal classée), il est possible de trouver les ouvrages. On peut les commander via le catalogue électronique de la BULAC, mais on ne peut malheureusement pas emporter ces livres chez soi. Voici donc la misère des hébraïsants qui explique mon choix pour ma première lecture de Grossman.

Un point qui m’a d’abord étonné, puis plu, c’est que chaque nouvelle est traduite par une personne différente : Rosie Pinhas-Delpuech que j’adore la plupart du temps, et Sylvie Cohen qui m’agace parfois un peu. J’allais pouvoir les comparer directement sur le même auteur !

J’ai abordé le livre en étant très sûr de moi. Hé ! je venais de terminer un Amos Oz, tout devait désormais être à ma portée. J’ai pleuré des larmes de sang. L’élégance du style d’Oz réside dans sa simplicité. Grossman, c’est autre chose.

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