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Sipourim VèShirim

Comptes rendus de lectures, visionnages et écoutes d'œuvres en hébreu moderne

Yoram Kaniuk — Pierre (2013)

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« Pierre n’est pas né. Il s’est donné la vie à l’intérieur d’une poubelle de Ramat Gan. Ma fille l’a trouvé dans cette poubelle à côté de Beit Zvi [célèbre école d’acteurs]. Il avait à peu près un mois. Un chiot gris noir, il était couché, tremblant dans les ordures, il s’est assis au milieu de la puanteur et a regardé ma fille avec des yeux qui se sont ouverts en son honneur, depuis le désespoir dans lequel il est né.

Elle fut la première personne qui au-delà de le regarder, l’a aussi vu. »

Yoram Kaniuk, Pierre, 2013.

Pierre Kaniuk est mort très vieux, à 20 ans, sourd, aveugle, dévoré par le cancer. Un de ses maître, le célèbre écrivain Yoram Kaniuk ne se remet pas de sa mort. Il écrit un récit poignant où il se rappelle des épisodes de la vie de son chien. Il décrit avec amour sa personnalité et se lamente de sa mort. Qu’un chien comme Pierre puisse mourir est pour lui une preuve d’absence de justice dans ce monde. L’auteur est à ce point abattu qu’il confesse ne pas avoir été aussi triste pour la mort de ses parents.

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HaMassach HaLavan (2016)

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Imaginez un genre de Marylin Manson avec le sens de l’humour et de l’autodérision, obsédé par la couleur blanche, jouant un rock déglingué et vous aurez une première idée approximative du groupe telavivien. HaMassach HaLavan, l’écran blanc, s’amuse à provoquer avec des thèmes classiques : sexualité, drogue, immoralité… Classique, mais réussi, d’autant que la musique est réjouissante. Parlons un peu de leur album éponyme, sorti fin 2016 :

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Yoram Kaniuk — 1948 (2012)

« On avait froid et plus rien pour nous couvrir. Soudain, on entend des cris. Quelqu’un débarque, nous secoue, nous nous réveillons dans une terrible obscurité, et le type nous explique d’une voix rauque, il rit et pleure en même temps, que quelqu’un a entendu quelqu’un annoncer sur un transistor que Ben Gourion venait de créer un État. Il a ajouté, je vous serais infiniment obligés (nous utilisions encore ce genre de formule) de chanter maintenant l’HaTikva. En quel honneur ? Avons-nous rétorqué à ce plouc, nous, mêmes les paroles, on ne les connaît pas par cœur, et d’ailleurs où donc Ben Gourion a-t-il créé son État ?

À Tel-Aviv, d’après ce qu’on m’a dit, a-t-il répondu.

Écoute, nous, on est assiégés dans Jérusalem, à Bab-el-Oued, ici, il n’y a pas d’État, Jérusalem n’est pas incluse dans l’État de Tel-Aviv… Sur ces mots, on s’est rendormi. »

Extrait de 1948, traduction de Laurence Sendrowicz.

Arrivé à la fin de sa vie, Yoram Kaniuk raconte dans ce roman comment il a vécu la guerre d’indépendance de 1948. Il prend le contre-pied du récit israélien héroïque et de la légende dorée qui se sont développées autour du groupe armé d’élite dans lequel il était incorporé, le Palmah.

Kaniuk raconte une histoire de troufion. Les héros combattants les armes à la main pour la création de leur pays sont ici des gamins mal préparés, mal équipés qui n’ont pas vraiment conscience de ce qu’ils sont en train de faire.

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Hadag Nahash — ‘Od ihyeh tov (2017)

Le nouveau clip d’Hadag Nahash  me met de bonne humeur à chaque fois que je le regarde !

‘Od ihyeh tov (עוד יהיה טוב), « ça ira à nouveau bien » reprend un classique de la chanson israélienne écrit par Shaike Paikov [he] : ‘od ihyeh tov be’erets israel (עוד יהיה טוב בארץ ישראל), « ça ira à nouveau bien en terre d’Israël ». (https://www.youtube.com/watch?v=EWa2lnwtaK4) La chanson originale est assez mélancolique, évoquant des rêves et un espoir lointain de paix. Hadag Nahash s’en réapproprie la mélodie et les thèmes avec énergie et humour. Le clip présente une mise en scène qui évoque la vingtaine d’années d’existence du groupe.

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Shai Tsabari — Shaharit (2015)

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Depuis que j’ai acheté le premier album de Shani Peleg, je suis les sorties de Nana Disc [en-he], un sympathique label israélien (Berry Sakharof, Shuli Rand, s’il vous plaît). Il y a quelques semaines, je vois passer une reprise en hébreu de Lover Lover Lover de Leonard Cohen (au passage, l’originale a une histoire [en] qui touche particulièrement les Israéliens). Ce n’est pas un coup de foudre, mais quelque chose me plaît et m’intrigue. Je commence à m’intéresser au travail de l’auteur de la reprise : Shai Tsabari [en].

J’écoute son album sorti en août 2015, Shaharit, album de « Shai Tsabari et l’équipe d’experts du groove du Moyen-Orient ». Rien que ça. Shaharit, c’est le nom de l’ensemble des prières du matin dans le judaïsme. Ce n’est pas non plus un coup de foudre, mais quelque chose m’accroche. J’écoute, je réécoute, je tombe amoureux. Je finis par me dire que c’est un album exceptionnel, un de mes chouchous. Et les experts revendiqués ne sont pas usurpés.

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Eytan Fox — Tu marcheras sur l’eau (2004)

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Après avoir assassiné un  membre important du Hamas à Istanbul, Eyal, un tueur du Mossad, rentre en Israël. Il retrouve sa femme morte, suicidée. Il refuse de recevoir un suivi psychologique et veut repartir en mission. Son chef lui propose de surveiller Axl et Pia Himmelman, les petits enfants d’un monstre nazi dont le Mossad a perdu la trace. Peut-être qu’ils ont des informations qui permettraient de débusquer leur grand-père. Pia vit en Israël et son frère vient justement lui rendre visite. Alors qu’il est hanté par la mort de sa femme, la rencontre avec Axl et Pia va bouleverser la vie d’Eyal.

Tu marcheras sur l’eau est un excellent film à suspens avec en toile de fond la deuxième intifada, le besoin de justice (ou de vengeance) contre les anciens nazis et l’homophobie. Les acteurs sont exellents, j’aime particulièrement Lior Ashkenazi en beauf viril et raciste. Parfois, certains ressorts sont un peu gros, mais cela n’empêche pas de se laisser prendre par le film. Bref, c’est globalement émouvant, et même drôle par moments.

Autre point positif : le film permet de travailler son hébreu, mais aussi son anglais et son allemand !

David Grossman — J’écoute avec mon corps (2005)

Outre les sorties françaises, je profite des fonds de la BULAC pour essayer de faire le tour des grands noms de la littérature israélienne. David Grossman m’apparaissait comme un passage obligatoire, j’ai donc cherché ce que je pouvais emprunter de lui à la BULAC en version originale et en traduction française. Je n’ai pas eu d’autre choix que ce recueil de deux nouvelles. Quatre romans de Grossman n’ont pas été enregistrés dans notre catalogue électronique et sont cachés au fonds des magasins. Jusqu’aux années 2000, la plupart des documents du fonds hébraïque issus de la BIULO et transmis à la BULAC n’ont pas été catalogués électroniquement, par manque de moyen. Seuls les documents jugés comme les plus importants ont été catalogués et placés en libre accès. C’est vraiment étonnant qu’un auteur majeur comme lui ait été oublié. En utilisant le vieux catalogue papier (dont la section hébraïque est très mal classée), il est possible de trouver les ouvrages. On peut les commander via le catalogue électronique de la BULAC, mais on ne peut malheureusement pas emporter ces livres chez soi. Voici donc la misère des hébraïsants qui explique mon choix pour ma première lecture de Grossman.

Un point qui m’a d’abord étonné, puis plu, c’est que chaque nouvelle est traduite par une personne différente : Rosie Pinhas-Delpuech que j’adore la plupart du temps, et Sylvie Cohen qui m’agace parfois un peu. J’allais pouvoir les comparer directement sur le même auteur !

J’ai abordé le livre en étant très sûr de moi. Hé ! je venais de terminer un Amos Oz, tout devait désormais être à ma portée. J’ai pleuré des larmes de sang. L’élégance du style d’Oz réside dans sa simplicité. Grossman, c’est autre chose.

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Idan Amedi — Heleq mèhazman (2017)

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Il y a quelques jours, j’avais Heleq mèhazman (« de temps en temps »), une chanson d’Idan Amedi dans la tête. Pour essayer de la faire sortir, je me suis dit que j’allais vous parler de lui, de sa chanson et de l’album dont elle est issue. Idan Amedi a un peu tendance à m’agacer avec ses airs mélancoliques doucereux, ses yeux de cocker et son sourire hésitant, mais j’y reviens régulièrement, il y a quelque chose d’assez réussi dans sa musique.

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Scandar Copti, Yaron Shani — Ajami (2009)

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Un jeune adolescent musulman d’Ajami, un quartier de Jaffa, se retrouve propulsé chef de famille et pris dans une faide avec une famille bédouine. Le film démarre sur les chapeaux de roue et enchaîne cinq histoires mettant en avant des personnages différents mais tous reliés entre eux. Les problèmes s’accumulent, problèmes d’argent, problèmes sociaux, meurtres, disparitions… Le suspens est tenu jusqu’à la dernière seconde.

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