Dov Alfon — Unité 8200 (2016 [he], 2019 [fr])

Unité 8200 (לילה ארוך בפריז, une longue nuit à Paris en hébreu) est un polar israélien de Dov Alfon. Un matin, un entrepreneur innovant israélien atterrit à l’aéroport de Roissy puis disparaît aussitôt. La police française commence à mener l’enquête, assistée d’un représentant de la police israélienne. Un colonel des services de renseignement de Tsahal présent par hasard, Abadi, propose aussi ses services. Ce membre de l’unité 8200, est notre personnage principal. Il apparaît assez vite que le commando chinois responsable de l’enlèvement s’est trompé de victime. Qui est le véritable Israélien recherché ? D’où vient ce commando chinois ? Comment cela se fait-il que le colonel Abadi soit fortuitement à Paris quand l’affaire commence ? Toute l’histoire sera réglée en vingt-quatre heures. Je vais vous parler ici de la version hébraïque seulement. La version française, traduite depuis la version anglaise (scandale) ne sortira que le 11 avril 2019. Elle a été de plus remaniée pour être adaptée au public français.

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Y. Meir, M. Wilensky, Sh. Damari — Hora Mamtera (1952)

« L’allégresse d’un flux dans le tuyau
Des tuyaux — les artères du Negev
C’est la route du psaume
Du robinet à la motte de terre
Les eaux monteront des abysses.
»

Je n’étais pas tout à fait prêt à encaisser l’existence de Hora Mamtera (הורה ממטרה), la hora de l’arroseur. C’est une chanson propagandiste vouée au génie agricole sioniste, en particulier les cultures dans le désert. Elle est constituée d’un texte assez mauvais de Yehi’el Mar [he] sur une mélodie de Moshe Wilensky [he]. C’est une hora, une danse d’Europe centrale devenue traditionnelle en Israël. Avec un orchestre et un chœur, elle est exécutée par la célèbre chanteuse yéménite Shoshana Damari, « l’Édith Piaf israélienne ». Le kitsh et le ridicule sont appuyés par la force et le sérieux de Damari.

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Festival du film israélien de Paris du 19 au 26 mars 2019

Cette année encore le festival du film parisien présente une excellente affiche et ça va être compliqué de faire ses choix… On m’a recommandé Synonyme, un film sur un Israélien qui fuit à Paris. J’avoue être assez attiré par le docu sur la vie incroyable du poète yiddishophone et partisan Avrom Sutskever :

Il faudra vraiment que je puisse m’organiser un jour pour pouvoir mieux suivre cet évènement.

Avrom Reyzen — L’homme qui causa la chute du temple (2018)

Et voilà, le centre d’intérêt de ce blog s’éloigne un peu d’Israël et de l’hébreu pour s’intéresser aussi à une autre langue juive et sa littérature. Voici le premier livre que j’ai lu en yiddish : L’homme qui causa la chute du temple d’Avrom Reyzen (דער ייִד וואָס האָט חרובֿ געמאַכט דעם טעמפּל פֿון אַבֿרהם רייזען) sorti en 2018 dans la collection yiddish-minibilingues de la Bibliothèque Medem. La traduction est de Nadia Déhan-Rotschild

Qu’est-ce que j’aurais aimé avoir un tel recueil quand je m’initiais à la littérature hébraïque ! Je dus pendant longtemps promener deux livres pour lire côte à côte l’original et sa traduction. L’horreur. Ici, c’est parfaitement calibré pour les débutants : c’est beau, c’est bien, c’est court.

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Yishaï Sarid — Le troisième temple ([he] 2015, [fr] 2018)

Ouah, pensai-je en découvrant le concept du livre. Ouah, me dis-je à chaque page. Ouah. Le troisième temple, ou encore plus simplement en hébreu, « le troisième » (hashlishi,השלישי)… Voilà un roman qui décoiffe. Un roman d’anticipation, une dystopie. C’est un 1984 sioniste religieux, un Daech juif fictionnel.

Le livre commence par la préface de l’éditeur scientifique : lors de la conquête du royaume de Judée, la 2e armée captura le prince Yehonathan, fils du roi Yehoaz. Pendant son emprisonnement à Jaffa, il écrivit le texte présenté dans ce livre, source exceptionnelle pour l’étude de royaume de Judée et de la fondation du troisième temple avant leur destruction.

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Hadag Nahash — Welcome to Izrael (2018)

Disons le franchement, je n’eus pas de gros coup de cœur musical israélien en 2018. Cela dit, Welcome to Izrael (וולקאם טו איזראל) le dernier album d’Hadag Nahash est particulièrement plaisant. Je vous parlai déjà il y a un an de son premier simple, ‘Od iyeh tov qui me plut beaucoup. Je vais vous présenter quelques autres pistes maintenant.

Sa, סע

Sa est une chanson qui parle de l’âge qui s’abat sur les membres du groupe. Elle est très dansante. « Sa » (סע) veut dire « avance ». La prononciation dans le refrain est orientale (le ayin est bien sonore). La partie de Shaanan Streett est particulièrement drôle, il raconte être allé chez le docteur et ce dernier lui explique qu’il traite son corps comme une poubelle. Le médecin lui interdit le café, le thé, l’alcool, le hummus, les pitas, ne lui autorise la viande rouge que pour son anniversaire et un verre de vin pour le kiddush. Tu es médecin ou sadique ? Furieux, il part voir un autre médecin qui lui dit exactement la même chose. On enchaîne alors avec le refrain :

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Itamar Orlev — Voyou (2015 [he], 2018 [fr])

Lors de la rentrée littéraire 2018, Parutions.com me contacta pour me proposer de chroniquer Voyou d’Itamar Orlev (בנדיט מאת איתמר אורלב). Ce livre était passé sous mon radar et avait l’air très intéressant, j’acceptai avec joie. Je contactai au même moment l’éditeur israélien, Am Oved, pour obtenir la version hébraïque. Ce lundi, ma chronique sortit chez Parutions.com, je vous invite à aller lire ce compte rendu de l’histoire passionnante de Tadek qui va retrouver en Pologne son père mourant. Toute la famille avait fui il y a plus de 20 ans ce père violent et alcoolique en émigrant en Israël. Le roman est absolument génial et basé sur des faits réels : la vie d’Ami Tadeusz Drozd, monteur et réalisateur israélien.

Une partie de cette chronique dut être coupée pour rentrer dans le cadre éditorial de Parutions.com. Je vous livre ici en supplément une partie assez critique vis-à-vis de la traduction française. Attention cependant, c’est une bonne traduction qui vous fera profiter de ce livre, je ne pointe ici que quelques regrets qui sont en grande partie liés au fait que je n’aime pas l’école de traduction de Laurence Sendrowicz, qui réécrit énormément pour gommer la langue originale. Je crois au  contraire qu’il faut laisser les autres langues influencer le français. Enfin, même si je trouve que Sendrowicz réécrit trop, je reconnais qu’elle le fait avec talent.

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Pardon de poser la question

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Pourquoi es-tu gros ?
Ça t’est arrivé de connaître personnellement des terroristes ?
Qu’est-ce que tu vois ? Les Ténèbres ?
Combien de temps il te reste à vivre ?
Tu es juif ?
Tu imagines ta conjointe avec quelqu’un d’autre ?
Tu entends des voix ?

Pardon de poser la question (סליחה על השאלה, littéralement : pardon pour la question) est une émission de la télé publique israélienne (Kan, כאן) qui reprend le concept de « You can’t ask that [en] ». Le but de l’émission est de démonter des stéréotypes en donnant la parole à ceux qui les subissent. Le public envoie des questions à la chaîne sur une catégorie de personnes discriminées ou victimes de préjugés (homosexuels, transgenres, handicapés, jeunes, vieux, gros…). Les questions, la plupart politiquement incorrectes, sont ensuites lues par des gens issus de ladite catégorie. Ils les découvrent au fur et à mesure et y répondent. Le ton est souvent humoristique, les intervenants peuvent être agacés par les questions, mais ils sont rarement durs et répondent patiemment.

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‘Erev shel shoshanim par Jane Bordeaux et Israel Gurion

‘Erev shel shoshanim (ערב של שושנים) est un classique de la chanson hébraïque. Un tube international. Écrit par Moshe Dor et mis en musique par Yossef Hadar en 1957, la chanson fit et fait encore le tour du monde. Elle a été reprise par Nana Mouskouri, elle est chantée dans les shuls nord-américaines, elle est présente sur tous les disques de « berceuses du monde ». C’est justement sur un chouette disque comme ça que je la découvris, en tiquant un peu, parce que le « h » de « ahava » (amour, אהבה) est presque raclé comme un son « r » sourd. Si on veut faire chic, ou snob, ou désuet, on peut prononcer le « h, ה » hébraïque à l’anglaise, bien qu’il ait tendance à disparaître dans l’hébreu de tous les jours. Mais le prononcer avec un « r » sourd comme un « khaf, כ » ? C’est exagéré. Je l’ai entendu plus d’une fois chanté par des non hébréophones et j’ai souvent entendu cette bizarrerie. J’ai cherché une version chantée par des Israéliens pour faire écouter à mon entourage comment le prononcer correctement. Et soudain, je suis tombé sur la meilleure version de tous les temps de cette chanson. Si j’ai le malheur d’y penser, je la mets, si j’ai le malheur de la mettre, je la remets compulsivement plusieurs fois. Il n’y a pas de raison que je sois le seul à subir cette malédiction, écoutez vous aussi ‘Erev Shel Shoshanim par Jane Bordeaux et Israel Gurion :

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