Eldad Ilani — L’Histoire parfaite (2009-2017)

Bon, j’ai un souci avec les histoires pour enfants. Quand je prends un livre pour enfants, j’ai un mal de chien à le lire normalement, pour le plaisir. J’ai toute une batterie de capteurs qui se mettent en alerte, comme si j’étais face à un outil de propagande sexiste ou capitaliste de la famille traditionnelle patriarcale. C’est très fatigant. Même l’histoire de la taupe à qui on a fait sur la tête me fait me demander comment cette œuvre encourage l’oppression des femmes ou de je ne sais qui d’autres. En vérité, c’est quelque chose qui m’arrive avec tous les livres, mais c’est décuplé avec la littérature jeunesse. Bref. Respirons fort, je lis aussi des livres pour enfants en hébreu.

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Neta Weiner — Bizchout HaShiva (2016)

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Cela fait six mois que je veux écrire un mot sur ce joli album solo de Neta Weiner, membre du tonitruant et contestataire System Ali. Je n’arrive pas à écrire ce mot parce que je bloque sur les textes. Je n’arrive pas à comprendre de quoi il parle. Il y a des mots partout, le vocabulaire est riche et le sens n’est pas forcément très clair. Quand il présente lui-même son album intitulé  Bizchout HaShiva (בזכות השיבה), « grâce au retour », il le présente comme un album sur tous les retours en général jusqu’au retour chez sa mère… Moi, quand je l’écoute, j’ai l’impression de me retrouver dans une petite ville de l’Europe de l’est à manger des apfelstrudels, avec les cosaques et l’odeur du feu qui se rapprochent. Ce mec me tue, il est génial, il faut que vous découvriez son mélange hip-hop-cabaret-klezmer-electro.

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Ilan Heitner — L’homme qui ne voulait pas être petit [he] (2015)

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Ha ! Voici quelque chose d’intéressant : un auteur à succès israélien qui n’est pas importé en France ! Vous vous rappelez du copain qui devait m’acheter des livres à Tel-Aviv, qui avait oublié ma liste et qui est revenu avec une sélection de la libraire ? Ce livre d’Ilan Heitner était dedans. J’étais assez excité par sa lecture : il y avait assez peu de chance que je découvre ce livre via ma veille habituelle.

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Rachel, HaHalonot HaGvo’im — Zemer Nougue

Durant le Yishouv, s’est construit en Palestine ottomane puis mandataire la culture de l’homme nouveau qui devait sortir du sable de Tel Aviv et effacer le souvenir du Juif faible et persécuté. La création de cette culture est un mélange de rejet et de réappropriation : rejet des cultures et langues de la diaspora, développement d’une nouvelle langue à partir de l’hébreu biblique et mishnique, création d’une nouvelle littérature. Le chant hébreu est ainsi constitutif de cette nouvelle identité créée par les sionistes de la 2e et 3e alyah. La poétesse Rachel (1890-1931) s’inscrit dans ce mouvement. La tuberculose l’empêcha de se consacrer à l’idéal agricole auquel elle se destinait en Palestine, mais elle devint une des figures les plus marquantes de la nouvelle littérature hébraïque.

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Gilad Kahana

Gilad Kahana est un chanteur israélien un peu hors norme. C’est toujours compliqué de comprendre ce qu’il veut dire, mais sa musique, son allure et sa voix me touchent toujours beaucoup. Pour vous donner rapidement une idée, le voici présentant de quoi parle le dernier album d’un de ses groupes, les Girafot  (ג’ירפות, les Girafes) :
« On te brise et on te brise et on te brise et on te brise encore et on te brise encore une fois et une fois encore on te brise. Toi, petit à petit, tu te changes en poussière. Tu te changes en poussière et qui peut briser la poussière ? »

Voilà, sans musique et en trente secondes une partie de ce qui me fascine : des images très maîtrisées, une allure et des postures un peu ridicules, un texte qui résonne dans la tête auquel on peut faire dire tout ou rien du tout. C’est déstabilisant, parce qu’à chaque fois, cela a l’air important, mais son allure de cocker aux grands yeux tristes, sa chaîne en or, ses immenses lunettes et l’étrange mollesse qui se dégage de lui amènent aussi à se demander s’il ne se moque pas de nous. Je vais vous présenter trois titres récents qui m’ont marqué.

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Dorit Rabinyan — Sous la même étoile (2017)

Je ne me serais sans doute pas intéressé à Sous la même étoile sans le scandale qui a explosé à son propos. Je ne cours pas après les histoires d’amour et un Roméo et Juliette entre un Palestinien et une Israélienne me paraît être un exercice déjà beaucoup décliné dont je veux bien laisser la lecture à d’autres. Ha mais voilà, le ministère de l’éducation a retiré l’ouvrage des listes de livres que l’on peut utiliser dans l’enseignement au lycée,  au motif que l’œuvre est dangereuse pour la jeunesse. Elle aborde effectivement un sujet menaçant pour l’identité juive [musique stressante] : l’assimilation. Sans déconner. Évidemment tout Israël est allé s’acheter le livre pour se faire une idée, et moi aussi je l’ai lu. Hé bien sachez-le, c’est une très belle histoire d’amour et c’est essentiellement pour cela que ce livre devrait être lu.

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Meir Shalev — Un fusil, une vache, un arbre et une femme (2017)

En 1930 dans une moshava, 3 agriculteurs se sont suicidés. C’est du moins la version officielle des autorités anglaises. Tout le village, en revanche, sait que l’un des suicidés a été assassiné. Tout le monde sait par qui et pourquoi, mais se tait.

Un fusil, une vache, un arbre et une femme narre, de 1930 à nos jours, l’histoire de la famille Tvori dans cette moshava. Les chapitres sont une suite de textes de deux natures : soit des transcriptions verbatim d’entretiens entre une chercheuse en histoire et Rutha Tvori, soit des textes écrits par Rutha elle-même, qu’elle ne fait lire à personne. Rutha est la petite fille de Zeev Tvori, un pépiniériste de la moshava qui a laissé une empreinte forte dans la mémoire des autres. Les entretiens sont dans un hébreu relativement accessible, les textes de Rutha sont eux plus compliqués, ampoulés. Professeure de bible, elle aime manier une langue riche et jouer avec.

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